Dans un inhabituel élan de générosité, voici que les pays occidentaux et autres instances internationales s’alarment de la crise que rencontrent les pays d’Amérique latine, à commencer par le Brésil, à savoir l’épidémie de Zika !

            Alors qu’il y a belle lurette que ces donneurs de leçon ne se préoccupent plus de cette autre épidémie bien plus douloureuse qu’est le paludisme en Afrique, il semble que le Zika soit devenu le centre de toutes les attentions. Est-ce ce besoin inassouvi de nouveauté qui irrigue notre société mondialisée et qui fait de « notre » problème le phénomène à la mode ? Ou bien y trouve-t-on, sous des faux-airs d’humanité, une occasion de faire basculer dans la culture de mort généralisée ces derniers pays qui y résistent. Effectivement et aussi surprenant que celui puisse paraître, le Brésil qui sous des bien des aspects semble avoir adopté la pensée commune universelle (le mariage gay y a été légalisé - et sans l’ombre d’une opposition - bien avant la France) maintient dans sa législation la protection de la vie en interdisant l’avortement (sauf cas particuliers).

            Ici à Conceição l’épidémie de Zika a réellement commencé. Les hôpitaux sont saturés et chacun connaît quelqu’un qui a déclenché la maladie (à commencer par Dom Dominique, l’évêque du lieu). Il est fort probable qu’au moment où vous lirez ces lignes, je serai moi-même atteint par ce virus tant il semble difficile d’éviter les piqures de ces moustiques tigres qui pullulent. Pour autant si cette épidémie semble susciter de telles angoisses en occident, il n’en est rien par ici… Après avoir éradiqué le paludisme (comme quoi c’est possible) les habitants de Conceição se sont habitués à vivre avec ces maladies transmises par ce moustique que sont la dengue, le chikongouya et maintenant le Zika. D’autre part, de ces 3 maladies, le zika est de loin la moins dangereuse. Il semble que dans une écrasante majorité des cas les porteurs de ce virus ne manifestent aucun symptôme quant à ceux qui s’en trouvent mal, quelques jours au repos avec du doliprane et une bonne hydratation semblent suffisants. J’en prends pour preuve Dom Dominique qui n’a pas eu besoin de plus de 48 heures de repos pour reprendre ses activités comme si de rien n’était. Nous n’avons pas senti cette même attention occidentale lors des épidémies de dengue de l’hiver dernier, maladie bien plus dangereuse pour l’organisme.

            Il est vrai qu’il y a une caractéristique liée à cette maladie qui semble particulièrement intéresser ces fameux donneurs de leçon, à savoir que le zika semble (et cela reste à confirmer) provoquer chez certaines (et pas systématiquement) femmes enceintes une microcéphalie chez le nouveau-né. A l’heure d’aujourd’hui, à Conceição, il n’en est rien. Posant par principe qu’une telle malformation sera cause de souffrance pour l’enfant, de préoccupation pour les parents et de coût pour la société, « on » pense que la solution serait de légaliser l’avortement. N’est-ce pas chercher à résoudre un problème par la conséquence plutôt que s’attaquer à la cause ? Ces enfants « éliminés » l’épidémie de Zika va-t-elle disparaître ? Clairement non. Mais qu’importe puisque finalement tout le monde sait bien que cette maladie n’est pas si dangereuse que cela… Elle ne menace donc en aucune façon le monde occidentale mais peut se révéler une excellente occasion de faire un peu plus basculer notre monde dans cette culture de mort généralisée.

            Il y a un autre moyen de s’attaquer au zika : supprimer le moustique tigre. On est bien arrivé à supprimer le paludisme à Conceição, ne peut on espérer en faire autant avec le Zika ? Mais cela demande des moyens (et qui a encore des moyens aujourd’hui ?) et des efforts individuels. Nous essayons ici de sensibiliser les gens à faire attention à leur jardin dans lesquels les résidus d’eau de pluie favorisent la prolifération du dit moustique. Nous faisons humblement notre travail… et n’avons pas besoin de leçons.