Bélem est la capitale du Para (mon état) même si elle se trouve plus éloignée de la capitale de l’état voisin (Palmas : capitale du Tocantins). Bélem (Bethléem) est connue pour être la ville la plus catholique du Brésil ce qui se manifeste d’une manière particulière lors du « Cirio de Nazaré » qui a lieu le dimanche précédent le 12 octobre (fête nationale au Brésil : Notre Dame de Aparecida). La Sainte Vierge vénérée à Bélem est Notre Dame de Nazareth (d’où le nom de « Cirio de Nazaré »). C’est, paraît-il, le plus grand rassemblement religieux annuel du monde. Il semble qu’il y ait eu plus de 3 millions de pèlerins cette année (dont moi !). Voici donc le récit de ces quelques jours passées à Bélem :

Jeudi - 5h00 du matin. J’attends mon chauffeur à la porte de la maison. C’est le Docteur Joaquim avec son épouse et sa mère. Nous voici partis pour 14 heures de voyage… Et oui, au Brésil on ne fait pas les choses en petit ! Une pause toutes les 3 heures. On est 3 voitures à rouler de concert ce qui me permet de changer de voitures en cours de route et donc de changer de conversation… Il n’empêche : c’est long ! Le plus impressionnant, en arrivant à Bélem, est de découvrir sur le bord de l’autoroute des milliers (et je n’exagère pas) de pèlerins marchant en direction de la capitale. Certains, paraît-il, ont fait plus de 400 km en sandales pour participer au Cirio. Les brésiliens font facilement des « votos » c’est à dire des promesses à Dieu type : « j’irai au Cirio à pieds, si… » Il faut croire qu’ils sont exaucés car ils sont nombreux à marcher ! Sur le bord de la route, des habitants leur offrent de l’eau, de la nourriture, un lieu pour se reposer. C’est impressionnant. A Belem il y a une maison d’accueil qui leur est réservé où les attendent des médecins qui massent et soignent les pieds abimés. Impressionnant.

Samedi - 6h du matin… on vient me chercher pour aller en direction du port où nous attend un bateau pour participer à la procession fluviale. C’est un bateau affrété par l’hôtel où se trouve le docteur Joaquim. Nous sommes donc un petit groupe de paroissiens à prendre le petit-déj puis à embarquer ensemble. La première partie du voyage est occupée par la célébration de la messe sur le pont du bateau. Il y a là un prêtre (très sympa) et un groupe de musique. Messe originale avec ce grand défi du vent que balaye le pont. J’arrive de justesse à rattraper une hostie consacrée avant qu’elle ne bascule dans le vide. Puis nous voilà rejoignant une flottille de dizaines (centaines ?) de bateaux de toutes tailles (jetski compris) qui attend la croiseur de la marine nationale sur lequel est installé le trône de la Ste Vierge. Le défi pour le capitaine de notre bateau (qui doit bien contenir 300 personnes mais qui est loin d’être le plus gros) est d’arriver à s’approcher le plus du « bateau de la Sainte Vierge » sans toucher les autres et en respectant les petits bateaux de la marine nationale qui entourent le « bateau de la Ste Vierge » comme des gardes du corps. Nous l’escortons jusqu’au port où l’attendent les motards pour la procession en moto (que je ne portais pas voir). Très sympa cette petite ballade sur l’Amazone. Ce soir, après un bon temps de repos, nous nous rendons sur le bord du chemin par lequel va passer le char de la Ste Vierge. C’est la « transladation » (translation) : la Statue de la Sainte Vierge est emmenée de la basilique (son lieu de résidence) à la cathédrale pour la messe de demain matin. Nous rejoignons la rue où elle va passer et commencent alors 2 heures hallucinantes. Il y a une foule immense, certains marchant, d’autres comme nous, regardant sur le bord de la route. Chaque maison, magasin, banque est décorée aux couleurs de la Ste Vierge. Nous sommes à côté de l’estrade installée par la banque du Brésil sur laquelle se succèdent des prêtres chanteurs plus connus les uns que les autres (que bien sûr je ne connais pas…). Passent alors les premiers « pélerins de la corde ». Bon, je vais essayer de vous expliquer. Lors des premiers Cirio (c’est le 223ème) – ce qui veut dire pèlerinage, procession – la charrette de la Ste Vierge avait tendance à s’enfoncer dans la boue, on a donc mis une corde pour la tirer. Les pèlerins se sont mis à tirer cette corde… et depuis cela ne s’est plus jamais arrêté. Il y a donc 200 mètres de corde sur laquelle s’agrippent (c’est le mot) des milliers de pèlerins qui avancent à deux à l’heure (vous imaginez bien). Le défi (spirituel, humain ?) est de ne pas lâcher la corde avant la fin. A côté d’eux des centaines d’autres pèlerins leur versent de l’eau sur la tête (il fait bien 30°C), les éventent, les encouragent. Incroyable, indescriptible. Cerise sur le gâteau, après le passage de la Ste Vierge, nous tentons de fendre la foule pour retourner à la voiture. Il y a tant de monde que nous restons bloqués quelques secondes, le temps pour un pickpocket de me vider les poches de 100 Reais… C’est toujours moins pire que le portable qui se trouvaient dans l’autre poche ! Quelle journée.

Dimanche - 4h du matin. Il faut se rendre à la cathédrale pour la messe qui commence à 5h. J’arrive à temps pour me hisser sur le podium. Messe merveilleuse au lever du soleil sur la place de la cathédrale noire de monde… A 6h, c’est parti ! Cette fois-ci il ne s’agit pas de voir passer la Ste Vierge mais de l’accompagner. Avec un certain nombre de prêtres (peu) et des séminaristes ainsi que les 3 évêques, en aubes, nous rejoignons l’espace au pied de la charrette de la Ste Vierge, entre deux cordes et surtout entre deux cordons humains, un de volontaires et l’autre de militaires. Top départ pour… 5 heures de procession (pour à peine 3 kilomètres) ! Ca n’en finit pas. Au début c’est impressionnant cette foule de fidèles acclamant la Ste Vierge et recueillis dans leurs prières. La foi est visible, réellement, dans toutes ces mains tendues vers la Ste Vierge… Puis au fur et à mesure que le soleil se fait plus chaud, que la charrette peine à avancer à cause des « pélerins de la corde » qui trainent la jambe, cela devient une vraie épreuve. Surtout qu’il est impossible de sortir… On est prisonnier. J’ai soif mais ne bois pas puisque je ne pourrai pas faire pipi avant l’arrivée… Heureusement il y a un prêtre français dans le lot, du diocèse de Toulon, qui est en mission sur l’ile de Marajo. Nous faisons la converse… ca passe plus vite ! Finalement nous sommes libérés aux alentours de la basilique. Quelle joie de pouvoir avancer rapidement. Ouf, j’ai réussi mon premier Cirio ! Plus que 14 heures de voiture demain matin pour rentrer à Conceição.