Une fois n’est pas coutume, je m’essaye à une petite analyse de fond sur ce que je vis. Vous avez peut-être suivi de loin les élections présidentielles brésiliennes qui ont vu la réélection de justesse de la présidente Dilma Roussef du PT, Parti des Travailleurs. Cette élection, pour ce que j’en ai vu d’ici, n’a pas déclanché les passions si ce n’est avec le suspens du premier tour suscité par le 3ème homme… qui était une femme : Marina.

Il est difficile de juger du désamour des brésiliens pour la politique puisque les élections sont obligatoires sous peine d’amende. De même, les assesseurs des bureaux de vote sont des citoyens lambadas choisis par la justice pour assurer le travail. Pas moyen d’y échapper. Si il y avait près de 15 candidats, la vie politique est dominée par deux grands partis. Le Parti des Travailleurs, au pouvoir depuis 12 ans (et encore pour 4) connu surtout pour son fondateur, Lula. Et le PMDM qui a failli l’emporter avec Aécio. En gros, le PT est à gauche (pour nous) et l’autre au centre. Il n’y a plus vraiment de parti de droite depuis la fin de la dictature. Il y a aussi les écolos représentés par Marina qui a failli créer la surprise. Pendant 2 mois, nous avons été harcelé de propagande dans les rues, à la télé et surtout par les « voitures son » qui nous ont bassiné avec les codes des candidats. Comme le vote est électronique (il y a un ordinateur dans chaque bureau de vote) il faut connaître les 5 numéros de son candidat (d’où les ritournelles incessantes pour nous les inscrire dans la mémoire). On votait aussi pour les parlements fédéral et estadual et pour le gouverneur de l’Etat du Para. Pas de grand changement. On a la même présidente et le même gouverneur… comme c’est lui qui s’occupe de l’état des routes… pas sûr que grand-chose ne change.

            L’Eglise ne fait pas de politique… en théorie ! De fait, la conférence des évêques s’est contentée d’inciter à voter et elle a organisé un débat sur la chaine de télé catho Aparecida entre les candidats. C’était amusant d’entendre les évêques poser des questions aux candidats et d’entendre ceux-là faire des grandes déclarations de catholicisme… Si à Conceição, les élections n’ont pas passionné les gens, elles ont par contre bien animé la paroisse. Il se trouve que mes paroissiens, en grand nombre, sont très politisés. En soi, cela ne me gêne pas si ce n’est que cela nuit fortement à l’unité et à la fraternité de la paroisse. J’entends souvent des gens me dire : « vous savez Père, pour entrer dans ce mouvement, dans ce groupe, il faut être de tel parti politique… » Ca a le don de m’énerver, je le dis mais rien ne bouge ! Cela s’explique en parti par le fait que le PT (parti des travailleurs) est historiquement une émanation des cellules de base (petites communautés ecclésiales) qui sont encore très actives dans ma paroisse. Si le PT national s’émancipe de son lien avec l’Eglise, Dieu soit loué, le PT local est encore bien lié à l’Eglise… malheureusement car la gestion de la ville par le PT n’a rien de glorieux (l’actuel préfet – maire remplace le légitime qui est en procès pour détournement d’argent public si j'ai bien compris). En plus, il y a au sein du PT, des courants (en gros les bourgeois et les campagnards) qui se partagent le pouvoir a tour de rôle avec valse de postes dès qu’il y a un changement de règne (et comme ces postes sont tenus pour la plupart par des paroissiens… c’est pas simple). Résultat la « politique paroissiale » est claire : on ne demande rien à la préfecture et on se débrouille par nous-mêmes (je vais quand même aller demander demain au préfet de nettoyer la place de la cathédrale pour la fête).