Mission Père Max au Brésil

24 novembre 2015

Pèlerinage paroissial au sanctuaire marial de Aparecida

Le sanctuaire marial brésilien (Lourdes local) est à Aparecida (état de San Paulo). C’est là qu’a été découverte une statue en deux morceaux de la Ste Vierge, dans une rivière. Depuis la dévotion à Notre Dame d’Aparecida s’est tellement développée que son sanctuaire est devenu le lieu du pays le plus visité par les brésiliens. Nous fêterons, en 2017, les 300 ans de découverte de la statue de la Sainte Vierge. A cette occasion, des copies de la statue ont commencé une visite dans tous les diocèses du Brésil. Dom Dominique, notre évêque, a confié à notre paroisse, la mission de se rendre sur place pour recevoir cette Vierge pèlerine et la ramener sur notre diocèse… ce que je vais maintenant vous raconter !

 

Mercredi 13h : embarquement dans le bus. C’est un bus tout confort de deux étages. Nous sommes 50 dedans : une écrasante majorité de femmes… et de personnes âgées ! Mais pas que. Je m’installe au rez-de-chaussée. Il n’y a là que 8 places (c’est plus calme) et il y a surtout une banquette qui sert pour jouer aux cartes et discuter mais qui va surtout servir de lit pour le père ! Départ a peu près à l’heure… et c’est parti. Bon, rien de tellement passionnant si ce n’est que c’est long. On regarde un film, on prie le chapelet, on dort, on fait une pause pipi et goûter ou dîner puis on repart. Les sièges ont beau s’incliner, quand on a des grandes jambes (merci les parents) on n’est vraiment pas bien installé ! En deuxième partie de nuit, je m’installe sur la banquette. C’est plus dangereux (pas de ceinture de sécurité) mais au moins je peux dormir un peu. Heureusement que Cristiane m’a forcé à prendre une couverture : ça caille dans un bus.

Jeudi : Etape ce matin à Trindade, où se trouve un grand sanctuaire dédié au « Divino Pai eterno ». Ne me demandez pas de vous expliquer, je n’ai pas compris cette dévotion brésilienne type « quaternité » : La trinité + la Ste Vierge. Nous célébrons la messe entre nous, prenons un petit-déj, prions, visitons, faisons des courses, des photos, déjeunons puis reprenons la route. Même programme toute l’après-midi avec une douche (s’il vous plait) à la pause du soir (il faut mettre le jeton dans la fente ensuite 6 minutes d’eau chaude… 3 sont suffisantes.) Ca fait du bien.

Vendredi : Nuit un peu meilleure. A midi nous gagnons notre deuxième étape : Valença qui est le centre du diocèse du Padre Paulo. Il est parti dés lundi et nous attend de pied ferme. Nous sommes reçus royalement au centre paroissial qui est nettement plus confortable que le nôtre. Après un petit bout de sieste, le Père Paulo nous emmène visiter une ancienne fazenda de café (qui faisait la richesse de la région). Une très belle maison avec un jardin magnifique qui a compté jusqu’à 700 esclaves. Il reste tous les meubles et une communauté de 4 moines qui gardent les lieux. Visite intéressante. Après une douche rapide nous nous rendons à la cathédrale (baroque mais plus petite que la nôtre) où nous célébrons la messe avec l’évêque. Belle célébration (et chaude) avec pas mal de monde venu saluer le P Paulo (il a été vicaire dans une paroisse de cette ville). Accueil de l’évêque courtois mais sans plus ! Dîner et fête organisée par les paroissiens en notre honneur. J’apprends les attentats de Paris : pas tellement le cœur à la fête même si il faut bien.

Samedi : Nous partons à 7h mais faisons assez rapidement une pause chez un fleuriste sur le bord de la route, que j’avais repéré à l’aller. J’achète 4 magnifiques bougainvilliers pour la place de la cathédrale. Je suis très content de mon achat… La seule chose c’est que tous les pèlerins en profitent pour acheter des fleurs… faisant du bus une véritable serre ! Nous reprenons enfin la route direction cette fois-ci l’objectif principal : Aparecida ! Comme tout au Brésil, c’est disproportionné : une basilique énorme (mais assez belle), une télé et une radio, un parking énorme et des milliers de magasins et de restos (jusque dans la crypte même de la basilique). Après l’installation dans l’hôtel tout près du sanctuaire, nous allons Paulo et moi vérifier que la messe de remise de la Vierge pèlerine est bien prévue lundi et prendre contact avec le Père Rédemptoriste qui doit nous accompagner. Nous allons aussi faire des repérages de courses pour la paroisse. A 18h, j’emmène un groupe de sainte femme (dont la moitié en béquille ou boitant) attaquer la grande montée jusqu’à la 1ère basilique (bien jolie mais bien petite). Nous y arrivons en 45 minutes, me laissant juste le temps de me présenter à la sacristie. Messe bien animée avec un vieux rédemptoriste qui avait la pêche et un jeune prêtre chanteur et fameux semble-t-il (mais je ne le connais pas… la honte !). Il y a tant de monde que les gens restent debout dans la chaleur : impressionnant !

Dimanche : Il fait aussi chaud à Aparecida que à Conceição… Ca valait le coup de faire 2200 kms… Après le petit-déj, j’emmène un groupe de pèlerins faire ce que je croyais être un chemin de croix mais qui est en fait un chemin de Bethléem. Qu’importe, ils ont beaucoup aimé. Je les emmène ensuite se confesser et j’en profite pour moi aussi ! Le défi a été ensuite de trouver un lieu calme pour prier tout seul. J’y arrive presque mais respecter le silence n’est vraiment pas la qualité principale des brésiliens. Il faut dire qu’il y a tellement de monde ! Retour à l’hôtel pour déjeuner. A 13h, nous prenons le bus pour nous rendre dans un autre sanctuaire dédié au « Père des miséricordes » et tenu par la communauté charismatique « Canção Nova ». Nous y arrivons pour la messe célébrée par un vieil évêque qui a fort bien prêché et filmé puisque cette communauté à sa propre chaîne de télé. Cela m’a permis de savoir (merci watsapp) qui sont les paroissiens de Conceição qui regardent la télé le dimanche après-midi. Courses, goûter puis retour à Aparecida où j’arrive, en courant, à faire les courses que je voulais faire pour la paroisse.

Lundi : Levé tôt puisqu’il faut déposer les bagages dans le bus avant de monter à la basilique pour la messe de remise de la statue de la Ste Vierge. Tout le monde est excité si bien que dès 8h, tous sont dans la basilique. Nous prenons une série de photos puis nous nous préparons pour la messe. Dans la sacristie il y a pas mal de prêtre dont le Padre Luiz (45 ans) qui nous accompagnera à Conceição avec la statue. A 9h pile la messe commence. Elle est filmée aussi et suivie (vous vous en doutez) par tous les paroissiens. Paulo lit l’évangile et je reçois la statue à la fin de la messe, le temps de la bénédiction des fidèles présents et de ceux de Conceição réunis au premier rang. La statue n’est pas très grande ni lourde mais la tenir à bout de bras 15 minutes est un vrai effort (même pour un pro du fitness comme moi). Nous signons les papiers officiels, mettons la statue dans sa valise, prenons les bagages du père puis mettons tout ce beau monde dans le bus. Il y a une place pour le Père et une pour la Sainte Vierge. Le départ s’étire car bien sûr il y a toujours des retardataires pour faire les dernières courses… épuisant ces pèlerins. Comme il n’y a plus de place pour moi dans la bus, je les laisse partir puis prend mon propre bus pour Saint Paulo (4 heures de voyage) puis décolle pour Belo Horizonte puis Palmas où les filles de Fidesco m’attendent. Retour à Conceição le matin suivant pour moi et le soir tard pour le bus avec la Ste Vierge. 

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28 octobre 2015

Cirio de Nazaré à Belem

Bélem est la capitale du Para (mon état) même si elle se trouve plus éloignée de la capitale de l’état voisin (Palmas : capitale du Tocantins). Bélem (Bethléem) est connue pour être la ville la plus catholique du Brésil ce qui se manifeste d’une manière particulière lors du « Cirio de Nazaré » qui a lieu le dimanche précédent le 12 octobre (fête nationale au Brésil : Notre Dame de Aparecida). La Sainte Vierge vénérée à Bélem est Notre Dame de Nazareth (d’où le nom de « Cirio de Nazaré »). C’est, paraît-il, le plus grand rassemblement religieux annuel du monde. Il semble qu’il y ait eu plus de 3 millions de pèlerins cette année (dont moi !). Voici donc le récit de ces quelques jours passées à Bélem :

Jeudi - 5h00 du matin. J’attends mon chauffeur à la porte de la maison. C’est le Docteur Joaquim avec son épouse et sa mère. Nous voici partis pour 14 heures de voyage… Et oui, au Brésil on ne fait pas les choses en petit ! Une pause toutes les 3 heures. On est 3 voitures à rouler de concert ce qui me permet de changer de voitures en cours de route et donc de changer de conversation… Il n’empêche : c’est long ! Le plus impressionnant, en arrivant à Bélem, est de découvrir sur le bord de l’autoroute des milliers (et je n’exagère pas) de pèlerins marchant en direction de la capitale. Certains, paraît-il, ont fait plus de 400 km en sandales pour participer au Cirio. Les brésiliens font facilement des « votos » c’est à dire des promesses à Dieu type : « j’irai au Cirio à pieds, si… » Il faut croire qu’ils sont exaucés car ils sont nombreux à marcher ! Sur le bord de la route, des habitants leur offrent de l’eau, de la nourriture, un lieu pour se reposer. C’est impressionnant. A Belem il y a une maison d’accueil qui leur est réservé où les attendent des médecins qui massent et soignent les pieds abimés. Impressionnant.

Samedi - 6h du matin… on vient me chercher pour aller en direction du port où nous attend un bateau pour participer à la procession fluviale. C’est un bateau affrété par l’hôtel où se trouve le docteur Joaquim. Nous sommes donc un petit groupe de paroissiens à prendre le petit-déj puis à embarquer ensemble. La première partie du voyage est occupée par la célébration de la messe sur le pont du bateau. Il y a là un prêtre (très sympa) et un groupe de musique. Messe originale avec ce grand défi du vent que balaye le pont. J’arrive de justesse à rattraper une hostie consacrée avant qu’elle ne bascule dans le vide. Puis nous voilà rejoignant une flottille de dizaines (centaines ?) de bateaux de toutes tailles (jetski compris) qui attend la croiseur de la marine nationale sur lequel est installé le trône de la Ste Vierge. Le défi pour le capitaine de notre bateau (qui doit bien contenir 300 personnes mais qui est loin d’être le plus gros) est d’arriver à s’approcher le plus du « bateau de la Sainte Vierge » sans toucher les autres et en respectant les petits bateaux de la marine nationale qui entourent le « bateau de la Ste Vierge » comme des gardes du corps. Nous l’escortons jusqu’au port où l’attendent les motards pour la procession en moto (que je ne portais pas voir). Très sympa cette petite ballade sur l’Amazone. Ce soir, après un bon temps de repos, nous nous rendons sur le bord du chemin par lequel va passer le char de la Ste Vierge. C’est la « transladation » (translation) : la Statue de la Sainte Vierge est emmenée de la basilique (son lieu de résidence) à la cathédrale pour la messe de demain matin. Nous rejoignons la rue où elle va passer et commencent alors 2 heures hallucinantes. Il y a une foule immense, certains marchant, d’autres comme nous, regardant sur le bord de la route. Chaque maison, magasin, banque est décorée aux couleurs de la Ste Vierge. Nous sommes à côté de l’estrade installée par la banque du Brésil sur laquelle se succèdent des prêtres chanteurs plus connus les uns que les autres (que bien sûr je ne connais pas…). Passent alors les premiers « pélerins de la corde ». Bon, je vais essayer de vous expliquer. Lors des premiers Cirio (c’est le 223ème) – ce qui veut dire pèlerinage, procession – la charrette de la Ste Vierge avait tendance à s’enfoncer dans la boue, on a donc mis une corde pour la tirer. Les pèlerins se sont mis à tirer cette corde… et depuis cela ne s’est plus jamais arrêté. Il y a donc 200 mètres de corde sur laquelle s’agrippent (c’est le mot) des milliers de pèlerins qui avancent à deux à l’heure (vous imaginez bien). Le défi (spirituel, humain ?) est de ne pas lâcher la corde avant la fin. A côté d’eux des centaines d’autres pèlerins leur versent de l’eau sur la tête (il fait bien 30°C), les éventent, les encouragent. Incroyable, indescriptible. Cerise sur le gâteau, après le passage de la Ste Vierge, nous tentons de fendre la foule pour retourner à la voiture. Il y a tant de monde que nous restons bloqués quelques secondes, le temps pour un pickpocket de me vider les poches de 100 Reais… C’est toujours moins pire que le portable qui se trouvaient dans l’autre poche ! Quelle journée.

Dimanche - 4h du matin. Il faut se rendre à la cathédrale pour la messe qui commence à 5h. J’arrive à temps pour me hisser sur le podium. Messe merveilleuse au lever du soleil sur la place de la cathédrale noire de monde… A 6h, c’est parti ! Cette fois-ci il ne s’agit pas de voir passer la Ste Vierge mais de l’accompagner. Avec un certain nombre de prêtres (peu) et des séminaristes ainsi que les 3 évêques, en aubes, nous rejoignons l’espace au pied de la charrette de la Ste Vierge, entre deux cordes et surtout entre deux cordons humains, un de volontaires et l’autre de militaires. Top départ pour… 5 heures de procession (pour à peine 3 kilomètres) ! Ca n’en finit pas. Au début c’est impressionnant cette foule de fidèles acclamant la Ste Vierge et recueillis dans leurs prières. La foi est visible, réellement, dans toutes ces mains tendues vers la Ste Vierge… Puis au fur et à mesure que le soleil se fait plus chaud, que la charrette peine à avancer à cause des « pélerins de la corde » qui trainent la jambe, cela devient une vraie épreuve. Surtout qu’il est impossible de sortir… On est prisonnier. J’ai soif mais ne bois pas puisque je ne pourrai pas faire pipi avant l’arrivée… Heureusement il y a un prêtre français dans le lot, du diocèse de Toulon, qui est en mission sur l’ile de Marajo. Nous faisons la converse… ca passe plus vite ! Finalement nous sommes libérés aux alentours de la basilique. Quelle joie de pouvoir avancer rapidement. Ouf, j’ai réussi mon premier Cirio ! Plus que 14 heures de voiture demain matin pour rentrer à Conceição.

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10 mai 2015

Le lundi… jour de repos

La maison paroissiale étant située à 50 mètres de la cathédrale et tout contre le secrétariat paroissial, l’expérience montre qu’il faut mieux fuir le lundi que de penser pouvoir rester tranquille à la maison pour se reposer… Il y a sans cesse de gens pour vous demander quelque chose (à commencer par la secrétaire qui sait pourtant bien que c’est jour de repos)… Résultat, quand je peux, je fuis. En général ma fuite est compliquée par le fait qu’il y a messe à 19h00 le dimanche soir : fuir à 20h30 après une journée de messe et au bout d’une semaine fatigante, limite les distances de fuite…

Je commence à mettre en place deux destinations de fuite :

-       La chacara d’Yvonne. C’est une paroissienne qui a une ferme (chacara) à 45 minutes de piste (la piste vient d’être refaite, on peut y aller avec la petite voiture). C’est une jolie maison en surplomb d’une petite pièce d’eau avec des tortues et avec une jolie vue. Il y a surtout une piscine sur la terrasse. J’arrive, là, pour dormir. En général, je dors bien car il n’y a de bruit que les grenouilles la nuit et les oiseaux le matin. La journée consiste à ne rien faire : prier, lire, nager, manger, dormir… et recommencer. Il y a, là, les gardiens pour me préparer à manger. Je reprends la route à la tombée de la nuit pour célébrer la messe à 19H00 à la cathédrale. Ca vaut vraiment le coup.

-       La Fazenda da Esperança. C’est un centre de réinsertion de drogués à une bonne heure de route. Ils ont une chambre pour moi et sont heureux de me recevoir car je peux leur célébrer la messe le lundi matin. Là aussi c’est bien calme et c’est sympa de voir ces jeunes et de leur être un peu utile. Après le déjeuner, je pars pour Rio Maria (3/4 d’heure de route plus au nord) la paroisse du Padre Pedro (un jeune prêtre) avec qui nous allons au cinéma (dans la ville d’après encore à 20 minutes) qui est la seule ville avec un ciné dans le sud du Para. Je dors chez lui et reprends la route le mardi matin pour être revenu pour le déjeuner à Conceiçao.

Quand il y a possibilité de partir le dimanche midi, ça vaut le coup d’aller à Palmas (3h30 de route) qui est la grande ville du coin. Je loge là dans la maison de discernement du diocèse de Palmas. Bon accueil de cette bande de jeunes et de leur pasteur. Palmas a le mérite d’avoir un ciné, des grands magasins, un fleuve pour se baigner, des cascades aussi. Bon mais ce n’est pas possible d’y aller seul. Il faut que je motive soit Olivier soit les filles de Fidesco.

Quand je reste à la maison, j’essaye d’aller faire du cheval dans une chacara pas loin de la maison où il y a des jeunes qui m’emmènent en promenade. Il y a aussi en ville des paroissiens qui me prêtent leur piscine.

Tout ça est maintenant un peu en place. Me manque toujours un lieu de retraite (de silence et de prière)… et la famille et les amis ! Mais ça, ça fait partie de la mission…

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04 avril 2015

Star des médias locaux

Me voici devenu un sujet de choix des médias locaux en dépit de mon accent français et de mes fautes en portugais. Il y a sur la ville de Conceição (30.000 habitants) deux télévisions locales, 3 radios et un journal (pour le sud du Para). A chaque occasion (festejo, semaine sainte, mission urbaine…) je fais la tournée de ces médias pour y faire ma pub. Chaque samedi midi je fais un édito de 7 minutes qui passe sur l’heure d’émission des jeunes de la paroisse. Pour m’inviter de me rendre chaque fois à la radio, je fais cet enregistrement quand je veux, allongé sur mon transat, par watsap ! Vive le progrès…

Le producteur de la télé locale SBT est devenu un ami. A chaque fois que nous faisons un interview, il cherche un angle intéressant et original. Pour présenter le carême nous avons fait un interview en français-portugais ; Olivier, mon séminariste du diocèse de Versailles assurant la traduction. La semaine dernière, il a voulu faire l’interview (1 heure sur le sommet de la tour de la cathédrale). Dimanche, il filmait la procession des Rameaux alors que je traversais une partie de la ville, juché sur un âne !

Tout ça me projette sur les feux de la rampe (bien involontairement ???). Exemple : Je suis allé célébré hier une célébration de lavement des pieds à la prison de Conceição (qui est plus une commissariat de police qui peut accueillir une cinquantaine de prisonnier en attendant jugement… l’attente pouvant durer plus d’un an). Bref, je vais à peine deux fois par an dans cette prison. La sœur qui s’y rend chaque semaine me présente aux prisonniers leur demandant qui me connaît… et tous de lever la main : « c’est le père français qui passe à la télé sur le toit de la cathédrale ou sur un âne »… On est toujours la star de quelqu’un !

Belle fête de Pâques.

 

 

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14 décembre 2014

Neuvaine et festejo... carnet de bord

Ci-dessous le récit des 10 jours de fête paroissiale. Bonne lecture !

Samedi 29 novembre

Et c’est parti ! Levé 5h00 pour partir à 5h30. Tous les lève-tôt de la paroisse se retrouvent pour le départ de la « careata » c'est-à-dire la procession de voitures et de motos à 6h00. Départ d'une des communautés de la ville, Saint Sébastien. Durant une heure, nous traversons la ville endormie à coup de pétards, fusées, klaxonne et musique de la Sainte Vierge sur les voitures de son qui nous accompagnent. Bonne ambiance avec beaucoup de monde. A l'arrivée à la cathédrale, c'est bénédiction des voitures et des conducteurs puis messe d'ouverture du festejo. La cathédrale est presque pleine. Je passe la matinée le reste de la matinée à aider à l'installation des tables de la cuisine et je retourne une nouvelle fois dans les deux radios de la ville continuer à faire ma promotion. Déjeuner, petite sieste tranquille. J'ai mal à l'épaule : je pense que j'ai trop béni ce matin. A 16h00 nous partons pour la périphérie de la ville afin de bénir la croix qui a été plantée ces jours-ci sur le terrain où, un jour, nous construirons une église. Nous y accueillons Don Dominique, l’évêque, qui arrive avec la statue de la Sainte Vierge qui a visité le diocèse pendant les 15 derniers jours. Belle célébration avec pas mal de gens dont certains du coin. Nous avons échappé à la pluie. La « carreata » fait le tour de la ville pendant 2 bonnes heures. Je suis debout à l’arrière de la camionnette avec Dom Dominique à saluer les gens. Un bon moment. Célébration de la neuvaine à 19h00 dans une cathédrale pleine. Il paraît que le moment le plus émouvant fut quand j’ai coiffé la Sainte Vierge avec sa couronne tandis qu’une petite fille de 7 ans chantait en son honneur. Qu’est-ce qu’on ne me fera pas faire… Le soir a lieu la première soirée culturelle organisée par les professionnels de la santé. En fait de culturel, il s’agit de vendre aux enchères des lots de nourriture, bonbons, savons… offerts par les médecins et professionnels de la santé. A chacun sa culture ! Mais il y a beaucoup de monde, de l’ambiance et toute la nourriture a été vendue (avec un bon profit paraît-il). Je me couche à 22h30, vanné.

Dimanche 30 novembre

Levé 6h00 pour partir, cette fois-ci à 6h30 en bateau direction l’autre côté du fleuve. Je célèbre la messe dans la chapelle Saint Sébastien. Il n’y a pas grand monde mais il y à notre statue de la Ste Vierge qu’il s’agit de ramener à Conceição. La messe est un peu tristounette. Pas de mal. Dès la fin de la messe, 8h30, nous filons avec les 4 barques car le temps commence à se faire menaçant : il ne faudrait pas être que la tempête nous rejoigne sur le fleuve… Avec notre statue bien lourde sur cette barque au raz de l’eau je n’en mène pas large. Enfin nous arrivons. Et quelle arrivée : il y a là une petite centaine d’enfants chantant avec des ballons à la main et pas mal de familles. Se forme la procession : des hommes portent la Ste Vierge, les enfants l’entourent en tenant une corde à la main et tous les autres suivent. Et nous prenons la route en chantant à tue-tête (c’est l’avantage avec les enfants). Et voilà que la pluie d’abord, puis la tempête puis l’orage nous rattrapent sur le chemin. Un vrai déluge. Impossible de s’arrêter, il n’y a pas d’abri alors courageusement tout le monde s’accroche, chantant le plus fort possible pour dominer le bruit de l’orage. Je suis une éponge. Les enfants s’accrochent à la corde pour traverser les ruelles de la ville transformées en torrents. Les éclairs ont dû tomber pas bien loin (au plus fort de l’orage l’éclair et le tonnerre étaient simultanés). Finalement nous arrivons à la cathédrale qui n’a plus de courant (la table de son à sauté avec les éclairs). Et tous, à tue-tête, de chanter encore et toujours avec le mot de la fin pour le Padre Paulo disant : «  la procession fluviale » s’est transformée en « procession chuviale » ( = pluvieuse). Une bonne douche pour rattraper tout cela et un solide petit-déj nous remettent sur pieds. Je compte les sous de la quête puis mets à jour mon journal. Les filles (2 coopérants françaises) nous ont préparé un bon déjeuner. Dom Dominique s’incruste, Padre Paulo fuit : « ras le bol des déjeuners français ». Longue sieste puis facetime avec les parents avant de retourner à la cathédrale pour les préparatifs de la soirée. A 19h00 messe et neuvaine incorporée. Dom Dominique préside mais je prêche. La cathédrale est bourrée à craquer comme je ne l’ai jamais vue. Résultat, il y a beaucoup de monde à la fête qui suivra sur la place de la cathédrale organisée par les éducateurs. Il y a aussi tellement de lots qu’on n’arrivera pas à tout vendre. Belle soirée.

Lundi 1° décembre

            Pour une fois, le lundi ne ressemble pas aux autres… quoique ! Je célèbre la messe à 7h00 du matin. Il y a du monde… même à cette heure, eh oui : c’est ça le Brésil ! Petit-déj, débrief de la soirée d’hier soir qui a été très bonne puis je file à l’academy (salle de sport) tandis que Padre Paulo commence sa tournée avec la Ste Vierge. Cette semaine, il va visiter toutes les institutions (banques, préfecture, écoles…) avec la Statue de la Ste Vierge pour un temps de célébration. Ca m’a fait du bien, de faire un peu de sport : je suis tendu. Retour à la maison pour compter les sous de la quête. Bonne sieste puis je file à la chacara (maison de campagne) de deux jeunes de la confirmation pour faire du cheval. Lucas s’est fait piquer par une « araia » (ça ressemble à une araignée comme nom mais c’est un poisson avec un dard qu’on trouve dans les rivières). Nous seulement cela fait mal mais ça le prive de la cavalgada (procession à cheval) de dimanche prochain. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, je récupère son cheval. Avec 3 autres jeunes, nous partons en direction de la ville : objectif = évaluer le temps pour parcourir l’itinéraire de la cavalgada. Résultat : deux heures de balade à cheval à travers la ville : les paroissiens ont été surpris de me voir ainsi. Très sympa mais pas pour les fesses dans les heures qui ont suivies. Olivier, mon séminariste, ramène le cheval à son écurie et reviendra avec la voiture. Je me prépare pour la neuvaine. C’est le Père Otavio, l’ancien curé qui m’avait accueilli il y a un an, qui est venu pour la célébrer. Nous avons le temps de parler tous les deux. Il a l’air heureux d’être là. L’église est pleine et les gens contents de le saluer après. Ce soir, c’est détente : il n’y a pas toute la structure de vente aux enchères. C’est plus calme, plus court, plus familial… Plus mieux quoi ! C’était pour moi une évidence qu’il y avait tous les soirs quelque chose sur la place de la cathédrale… en fait non ! Mais comme c’était une évidence pour moi, je l’ai imposé. Et tout le monde est content car ça crée une autre ambiance.

Mardi 2 décembre

            C’est Paulo qui célèbre la messe de l’aurore. J’en profite pour prier. Il y a du monde au petit-déj car il y a une réunion à l’évêché et les prêtres qui y participent préfèrent manger à la maison paroissiale. Comme Paolo est sollicité pour cette réunion, je le remplace pour les visites avec les Sainte Vierge. Première étape : la Banque ! Imaginez le P Max avec la Statue de la Ste Vierge (de 1 mètre de hauteur) sous le bras, entrant dans à la BNP (équivalent local) pour faire une célébration avec les employés, sous les yeux des clients qui attendent la fin de la célébration pour être reçus… Surréaliste. Deuxième étape à l’hôpital. Je suis en terrain connu mais il y a là, en plus de mes fidèles habituels, tous les officiels. Ce sont des politiques. Et comme l’hôpital dépend de l’Etat qui est d’un autre bord que la mairie, je sais que ce n’est pas simple tous les jours… et comme tous ces gens là sont cathos ! Nous visitons tout l’hôpital qui est en travaux, sans oublier les malades. Dernière étape, le poste fiscal au pont faisant la séparation avec le Tocantins. Célébration toute simple et déjeuner sur place avec les gens qui travaillent là. Après la sieste, je travaille un peu à la maison puis reçois un couple pour une préparation au mariage. Ensuite confession avec le P Cristiano qui est arrivé pour la neuvaine. Belle célébration de nouveau suivie de la soirée fraternelle sur la place de la cathédrale. De nouveau bonne ambiance : il y a un chanteur qui est impressionnant ! Je passe de table en table pour vendre mes carnets de tombola (souvenirs de la tombola de l’école Ste Marie).

Mercredi 3 décembre

            Je célèbre à 7h00. Il y a du monde. Petit-déj rapide avant d’aller à la UEPA (l’université) pour la célébration avec le Ste Vierge. En fait elle n’aura pas lieu car il y a peu d’élèves et ceux qui bossent sont préoccupés par leurs exams. Je m’y attendais un peu. Pas de mal. J’en profite pour rencontrer la coordinatrice de la UEPA avec laquelle je parle du projet de maison étudiante. Je suis préoccupé par le recrutement. Retour à la maison pour le déjeuner puis la sieste. Je reçois les organisateurs de la cavalgada pour parler de la messe finale puis un couple pour préparer un baptême. Je voulais aller marcher mais il y a la télé pour me filmer. Allons-y pour la pub. J’ai un problème avec la table de son de la cathédrale qui a cramé avec l’orage de dimanche. On ne trouve pas la pièce pour réparer. Ca me stress un peu. Ce soir c’est le Padre Saul qui préside la célébration. Elle va durer longtemps surtout à cause des jeunes du Projet Emaus qui ont préparé la célébration et qui sont nombreux à y participer. Un beau moment. La fête ensuite ressemble à celle d’hier. Je raccompagne quelques jeunes dans leur quartier.

Jeudi 4 décembre

            C’est l’anniversaire d’ordination de Paulo. Il célèbre la messe. Nous comptons les sous de la quête puis je mets à jour mon journal avant de me rendre à la IFPA pour une visite avec le Ste Vierge. C’est l’autre université que je ne connais pas encore. Super accueil, des gens très gentils et désireux de faire des liens avec la paroisse. Je visite tous les lieux. C’est le jour et la nuit avec la UEPA (l’autre université où je vais tous les mercredis). Ici tout est propre, avec des moyens importants et une ambiance studieuse. C’est une université fédérale. La UEPA est de l’Etat du Para. Ca explique pas mal de choses… Retour à la maison pour préparer le déjeuner. Nous avons quelques invités et je prépare une tarte tomate, basilic, fromage de chèvre. Fameux. Cet après-midi, je vais célébrer des obsèques puis marche un peu avant la soirée : chapelet, neuvaine animée par les sœurs puis soirée culturelle. Je suis lessivé comme tous les soirs.

Vendredi 5 décembre

            Je célèbre à 7h00, petit-déj puis je file dans une école pour une célébration avec la statue de la Ste Vierge. Il y a là 400 élèves qui participent avec bonne volonté. C’est une école publique dont la directrice est un pilier de la paroisse. Un bon moment. Je passe à l’academy. Des trombes d’eau. Retour à la maison. Je devais aller à la radio mais la pluie me démotive. Cet après-midi je retourne à l’école pour les élèves de l’après-midi (comme on manque d’école les élèves étudient soit le matin, soit l’après-midi soit la nuit, histoire que les locaux soient utilisés au maximum). Je travaille sur mon homélie de dimanche jusqu’à l’heure du chapelet. Il pleut toujours. Heureusement ça se calmera au moment de la fête. Nous avons donc une belle soirée avec les avocats, juges et autres professions juridiques. Je rencontre un jeune juge intéressant. Couché vers 22h30.

Samedi 6 décembre

            Plus tranquille ce matin : la messe n’est qu’à 8h30. C’est la messe avec l’onction des malades. La cathédrale est pleine de malades et de vieux qui viennent un par un en procession recevoir le sacrement des malades. C’est un peu l’usine et ça dure une plombe surtout qu’il y a pas mal de bien-portant qui viennent recevoir le sacrement (ça peut que faire du bien…). Je file ensuite faire le tour de mes radios (3) pour faire une ultime pub. Bien reçu partout. Je passe à la confraternisation du centre des enfants Emaus puis déjeuner chez une paroissienne pour son anniversaire. J’y retrouve la moitié de l’équipe de préparation du festejo. Un bout de sieste avant de compter les sous de la quête et de retourner dans l’église. Je cours après une ampoule. Belle célébration avec la pastorale carcérale. P Paulo fut court dans son homélie. Il se met à pleuvoir pendant la célébration. Ca n’arrêtera pas de toute la soirée. J’avais peur que ça plombe l’ambiance… de fait il y avait moins de monde mais comme c’était la soirée des fazendeiros (des propriétaires terriens) ils étaient là, entre eux et donc contents. Surtout qu’il y avait un animateur professionnel de vente aux enchères. C’était impressionnant. Je me suis pris au jeu offrant ma ceinture (que j’avais acheté le matin même à la foire, une ceinture de cow-boy avec la Ste Vierge sur le ceinturon). Je l’avais acheté 50 R$... elle a été vendue 350 R$... Ca valait bien la photo avec l’acheteur… Je suis resté jusqu’à 23h30.

Dimanche 7 décembre

             Il a plu toute la nuit. Résultat j’ai mal dormi car je suis inquiet pour la suite… Je prépare le petit-déj, entre autres pour les séminaristes qui sont arrivés hier soir puis avec Elmira je retourner à la foire acheter une nouvelle ceinture. Je n’en trouve pas une aussi belle. Retour à la maison pour vérifier que le son pour le parvis de la cathédrale est en train d’être installé. La pluie s’est arrêtée mais elle pourrait bien revenir. Croisons les doigts ! Déjeuner chez Elmira puis sieste. A 16h00 nous sommes à la foire aux bestiaux pour le début de la cavalgada. Il ne pleut plus… et il y a des chevaux… et pas un peu ! 170 ! Pour une première, je n’osais pas y croire. Je salue les uns et les autres puis enfourche mon propre cheval tout beau, qui a été préparé par Junior et Lucas. Je récupère le drapeau de la paroisse et me voilà prêt au départ. Ce sont les vélos qui ouvrent la procession, suivi de l’évêque en soutane dans sa charrette, suivi de la Sainte Vierge dans sa propre charrette, suivi de la « voiture son », de la préfète et du curé (moi !) suivi des portes drapeaux et de tous les chevaux. Et c’est parti. 2 heures de procession dans la ville. Merveilleux. Quel bonheur. Quel plaisir ! Arrivée à la cathédrale pour la bénédiction. Il y a un monde fou. La plupart des cavaliers ne resteront pas à la messe mais qu’importe ça valait la peine. Belle messe sur la place de la cathédrale bien remplie (1500 – 2000 personnes ?) Il faut dire qu’après la messe commence le bingo qui est un des évènements de la paroisse (chaque à sa grille et on tire les boules jusqu’à ce que quelqu’un gagne un lot. Le plus beau étant une moto). Impressionnant comme ambiance. La fête continue jusqu’à minuit. Quelle journée…

Lundi 8 décembre

            C’est le jour de la fête. Inutile de dire que j’ai eu du mal à dormir. A 7h00 je suis dans la cathédrale pour voir les derniers détails. Toute la nuit, des paroissiens ont travaillé pour nettoyer et préparer la cathédrale pour la fête. Si le chœur de l’église est rempli d’enfants de chœur, la cathédrale n’est pas bondée. Il y a surtout les personnes âgées. Les autres se gardent pour la messe du soir. Belle célébration présidée par notre évêque qui annonce à la fin de la messe, l’arrivée de la communauté kerygme sur la paroisse d’ici 15 jours. Petit-déj à la maison de l’évêque puis détente (courte) avec les filles avant de commencer la ballade du churrasco. Il y a barbecue paroissiale (On a cuit plus de 500 kg de viande). Je passe de table en table saluer les uns et les autres. L’ambiance est bonne, il fait chaud, il y a du monde et déjà beaucoup de compliments positifs sur le festejo. Je mange un morceau mais avec la chaleur, je ne suis pas affamé. Petite sieste rapide et à 4H00 nous partons à NS Aparecida d’où partira la procession. Il y a beaucoup de monde, en particulier les prêtres et religieuses arrivés pour l’occasion. Il faut un peu de temps pour que la procession se mette en route… mais on y arrive. Il y a du monde, beaucoup de monde. Deux voitures de son, des prêtres et enfants de chœur en pagaille et l’évêque marchant devant la Sainte Vierge portée par les fidèles. Je prends en charge l’animation du rosaire. Nous méditons presqu’un rosaire entier entrecoupé de chants animés par les jeunes charismatiques. Je saurai après que les prêtres ont trouvé ça trop priant… mais que pour l’évêque c’est la première fois que la procession est priante. Les gens ont aimé. On arrive dans la nuit à la cathédrale. Il y a du monde, encore plus que dans la procession. Un peu de tension lors de la transition entre procession et messe. Celle-ci a lieu sur la place de la cathédrale. Belle célébration, un peu longue pour les gens qui sont debout après 3 heures de marche. Après la bénédiction finale, a lieu, le traditionnel « couronnement de la Vierge Marie », sorte de son et lumière avec les enfants de la paroisse dansant déguisés en ange. Je dois avouer que c’était pas mal même si toujours un peu kitsh… J’ai bien aimé l’envol du chapelet géant avec des ballons d’hélium en guise de boules du chapelet. Ensuite dernière fête sur la place. Je suis vanné mais je reste un bon moment pour remercier les uns et les autres. Quelle semaine ! 

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19 novembre 2014

Brésil, Eglise et politique

Une fois n’est pas coutume, je m’essaye à une petite analyse de fond sur ce que je vis. Vous avez peut-être suivi de loin les élections présidentielles brésiliennes qui ont vu la réélection de justesse de la présidente Dilma Roussef du PT, Parti des Travailleurs. Cette élection, pour ce que j’en ai vu d’ici, n’a pas déclanché les passions si ce n’est avec le suspens du premier tour suscité par le 3ème homme… qui était une femme : Marina.

Il est difficile de juger du désamour des brésiliens pour la politique puisque les élections sont obligatoires sous peine d’amende. De même, les assesseurs des bureaux de vote sont des citoyens lambadas choisis par la justice pour assurer le travail. Pas moyen d’y échapper. Si il y avait près de 15 candidats, la vie politique est dominée par deux grands partis. Le Parti des Travailleurs, au pouvoir depuis 12 ans (et encore pour 4) connu surtout pour son fondateur, Lula. Et le PMDM qui a failli l’emporter avec Aécio. En gros, le PT est à gauche (pour nous) et l’autre au centre. Il n’y a plus vraiment de parti de droite depuis la fin de la dictature. Il y a aussi les écolos représentés par Marina qui a failli créer la surprise. Pendant 2 mois, nous avons été harcelé de propagande dans les rues, à la télé et surtout par les « voitures son » qui nous ont bassiné avec les codes des candidats. Comme le vote est électronique (il y a un ordinateur dans chaque bureau de vote) il faut connaître les 5 numéros de son candidat (d’où les ritournelles incessantes pour nous les inscrire dans la mémoire). On votait aussi pour les parlements fédéral et estadual et pour le gouverneur de l’Etat du Para. Pas de grand changement. On a la même présidente et le même gouverneur… comme c’est lui qui s’occupe de l’état des routes… pas sûr que grand-chose ne change.

            L’Eglise ne fait pas de politique… en théorie ! De fait, la conférence des évêques s’est contentée d’inciter à voter et elle a organisé un débat sur la chaine de télé catho Aparecida entre les candidats. C’était amusant d’entendre les évêques poser des questions aux candidats et d’entendre ceux-là faire des grandes déclarations de catholicisme… Si à Conceição, les élections n’ont pas passionné les gens, elles ont par contre bien animé la paroisse. Il se trouve que mes paroissiens, en grand nombre, sont très politisés. En soi, cela ne me gêne pas si ce n’est que cela nuit fortement à l’unité et à la fraternité de la paroisse. J’entends souvent des gens me dire : « vous savez Père, pour entrer dans ce mouvement, dans ce groupe, il faut être de tel parti politique… » Ca a le don de m’énerver, je le dis mais rien ne bouge ! Cela s’explique en parti par le fait que le PT (parti des travailleurs) est historiquement une émanation des cellules de base (petites communautés ecclésiales) qui sont encore très actives dans ma paroisse. Si le PT national s’émancipe de son lien avec l’Eglise, Dieu soit loué, le PT local est encore bien lié à l’Eglise… malheureusement car la gestion de la ville par le PT n’a rien de glorieux (l’actuel préfet – maire remplace le légitime qui est en procès pour détournement d’argent public si j'ai bien compris). En plus, il y a au sein du PT, des courants (en gros les bourgeois et les campagnards) qui se partagent le pouvoir a tour de rôle avec valse de postes dès qu’il y a un changement de règne (et comme ces postes sont tenus pour la plupart par des paroissiens… c’est pas simple). Résultat la « politique paroissiale » est claire : on ne demande rien à la préfecture et on se débrouille par nous-mêmes (je vais quand même aller demander demain au préfet de nettoyer la place de la cathédrale pour la fête).

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04 novembre 2014

Missão Continental à la campagne

Durant 5 jours avec 15 missionnaires de la ville, nous avons participé à la Missao Continental dans la région Joncon, qui se trouve à 2 heures de piste de Conceiçao.

Au programme : 13 communautés à visiter en 5 jours. Chaque communauté ayant une surface de plus ou moins la superficie d’un village chez nous avec une cinquantaine de fermes (chacara) dispersées sur le territoire, vous imaginez les kilomètres parcourus à pieds, en moto, en voiture et à cheval. Chaque soir, les missionnaires et familles visitées se retrouvaient pour la célébration.

Ajouter à cela la pluie, les trous sur les pistes, la chaleur, la fatigue et vous avez le cocktail d’une bonne mission !

Juste un extrait de mon journal de bord pour détailler le retour de la mission jusqu’à Conceiçao :

A 21h30, la voiture remplie de 6 missionnaires plus les bagages, nous prenons la route pour rentrer sous des trombes d’eau. Voyage difficile jusqu’à croiser les deux petits voitures d’Olivier et Paulo (qui célébraient la messe dans une autre communauté plus près de Conceiçao et donc on pris la route plus tôt) : « ça passe pas, le pont a été emporté par l’eau » . Merde ! Deux heures de route horrible pour rien. « on va tenter un autre chemin » explique Paulo. On s’engage sur une petite piste. Après avoir par trois fois failli resté au fond des ruisseaux que nous traversons, nous bloquons devant une rivière plus haute que les autres (il y a près d’un mètre d’eau). Heureusement, il y a là l’espace pour faire demi-tour. Nous laissons la petite voiture de la paroisse dans une maison qui se trouve par là - plus d’essence – et nous nous entassons dans les 2 autres voitures avec retour à la case départ. En fait, on n’ira pas jusqu’à Joncon mais à Chapel de Palha où était stationné l’autre équipe de missionnaires. A minuit, ils réveillent une paroissienne qui se débrouille pour réunir quelques matelas et loger les 15 missionnaires que nous sommes ! Vive la mission !

Nuit courte mais sans moustique ! Olivier part avec un autre gars à l’aube acheter de l’essence dans des bouteilles de coca pour retourner en arrière remplir la Fiat. Nous nous organisons : Paulo et quelques missionnaires iront avec la camionnette célébrer la messe dans la communauté « Toussaint » : ça s’impose. Les autres dans les deux petites voitures prennent le chemin du retour, par l’arrière ! Comme ça ne passe pas par le chemin normal, on part dans l’autre sens : de nouveau 2h30 de pistes (je vais planter la voiture dans un fossé : heureusement le jeune qui est avec nous, arriver à redresser le pare-choc pour reprendre la route) puis 2h30 de route goudronnée pour arriver à Conceiçao. Je suis atendu à 14h00 pour le topo sur le pardon au sein du couple. Nous arrivons à 13h00 en ville.

ci-joint des photos.

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19 octobre 2014

Pastorale des jeunes et ados.

Il y a beaucoup de jeunes et d’ados à Conceiçao. Beaucoup à la messe (même en semaine) et en même temps, bien peu par rapport à la quantité de jeunes habitant Conceiçao. Grace à l'implication de mes deux séminaristes (l'un puis l'autre) le Setor Juventude fonctionne pas mal. Il est là pour soutenir les groupes de jeunes des communautés. Bon ça manque un peu de souffle mais on en est qu'au début. J'espère que la "missao Natal" (la "mission jeune" au moment de Noël) aidera à dynamiser tout ça.

Nous avons confirmé près de 150 jeunes et quelques adultes il y a de cela 1 mois. Un beau moment. C'est sympa de recroiser ensuite ces jeunes dans la rue avec le tee-shirt de la confirmation. Il y a aussi pas mal d'ados avec le projet Emmaus et Bernadette qui sont des projets plus sociaux que pastoraux. Olivier (le séminariste) s'y implique. Quant à moi j'ai l'occasion de les rencontrer de temps en temps. Il y a plein d'enfants au caté et je voudrai m'y impliquer plus ! Il y aussi l'enfance et l'adolescence missionnaire qui est dans une phase d'expansion intéressante.

Mais moi je suis plus "attiré" et impliqué auprès des étudiants. Si Conceiçao perd peu à peu ses étudiants (après avoir été la deuxième ville universitaire de l'Etat après Belem) faute de développement industriel, il en reste pas mal. Je les rencontre tous les mercredi soir dans les locaux même de l'université pour un temps de cours de français (il ne me reste plus que 5 élèves, tous les autres ont jeté l'éponge), de catéchèse avec le youcat (un bon noyau d'une quinzaine de jeunes) et la messe une fois par mois. Je crois que tous les étudiants me connaissent maintenant ! Il faut dire que pas plus tard que vendredi dernier je suis entré dans toutes les classes pour faire de la pub pour le we de retraite que j'organise pour eux le we prochain. Ca n'a pas été de goût des profs que j'ai interrompu en pleine classe mais bon... on ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs ! Je me découvre plus téméraire que je ne m'imaginais ! J'espère en réunir plus de 50. Je confie cette rencontre de deux jours à votre prière. Le thème sera : affectivité et sexualité. Je me suis déjà essayé à ce thème avec les jeunes du groupe charismatique de la paroisse (une trentaine - 8 heures de formation.... ca a bien passé).

Mon grand projet reste l'ouverture du foyer des étudiants en février. Je pense que c'est maintenant acté dans la tête de tout le monde. Reste à bien définir le projet, à faire de la pub et à trier les candidatures. Reste surtout à trouver un coordinateur de la maison (qui pourrait accueillir jusqu'à 20 étudiants). Je n'ai pas beaucoup d'espoir côté français même si j'ai fait une demande à la DCC. Par contre avec Dom Dominique, on lance "Missao Araguaia" sorte de DCC brésilienne consistant à faire venir des laics missionnaires d'autres diocèses du Brésil. Ca pourrait marcher. Je suis plein d'espoir. Il faut que je m'implique plus dans cette affaire, je le sens, mais nous sommes en plein dans la préparation du fetsejo de la paroisse, l'évênement de l'année non seulement pour la paroisse mais aussi pour la ville et le diocèse.

Belle fête de la Mission aujourd'hui.  

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02 septembre 2014

Mois d’août, mois de retraites.

Il paraît que le temps des vacances d’été, en particulier le mois d’août, est un bon moment pour faire une retraite en France… il semble que ce soit aussi le cas ici même si ce mois d’août n’a pas été un mois de vacances… mais bien de retraites !

D’abord la « mission radicale Jovens » qui a réuni 400 jeunes (dont 50 de la paroisse) pendant les 3 jours du we du 15 août à Floresta (3 heures de route pour nous). Des confessions non-stop et un topo sur les vocations… Un beau moment, fatiguant ! A la brésilienne (la veille du départ, on n’avait pas le bus qui devait emmener les jeunes le lendemain à 5h00 du matin). Je suis impressionné par cette habitude de faire à la dernière minute… surtout que ça marche !

La retraite paroissiale. Ca c’est une de mes initiatives suite à une demande des paroissiens. 2 jours de retraite avec les coordinateurs de communautés et ministres de l’eucharistie. 80 personnes ont participé à la retraite (deux jours avant ils n’étaient que 20 inscrits). J’ai prêché la retraite et vécu ces deux jours avec eux. Très heureux de ce moment avec mes paroissiens. J’ai découvert que « mes brésiliens » savent aussi bien prier dans le silence que dans la louange et la parole.

La retraite de confirmation le week-end dernier. 120 ados de la paroisse durant deux jours pour préparer la confirmation de dimanche prochain. Je suis impressionné, cette fois-ci, par la qualité d’écoute qu’ils ont lors des topos et homélies ainsi que par leur facilité à chanter et à danser… Ca change des ados français de nos aumôneries ! A côté de ça, ils restent des ados scotchés à leur téléphone portable, préoccupés par la copine et parlant toute la nuit ! C’est la première retraite de confirmation de la paroisse (encore un truc où je suis passé en force… mais sans savoir tant ça me paraissait évident qu’il fallait une retraite de confirmation). Résultat, ils ne sont pas tellement habitués à ce genre de choses. J’ai été scotché de voir que les animateurs, le soir à 22h00, rentraient dormir chez eux laissant ces mineurs dormir seuls à la chacara… Hallucinant ! Mais c’est un manque de communication de ma part ! Il me reste toute la semaine qui vient pour confesser tous ces jeunes… et le mois de septembre pour me reposer (c’est pas gagné).

Posté par mission_bresil à 15:03 - Permalien [#]

03 août 2014

Enfin des nouvelles !

2 mois de silence ! Je suis désolé de cette parenthèse, vous prie de m'excuser et remercie tout spécialement ceux qui se sont préoccupé de savoir si quelque chose n'allait pas. L'explication est toute simple : le mois de juin a été tellement rempli par la paroisse que je n'ai pas eu un moment pour vous en parler... le mois de juillet a été tellement vide de paroisse que je n'avais rien à raconter !!!

Le mois de juin fut celui des festejo ! Chaque communauté a une chapelle qui est confié à un Saint Patron (Padroeiro). Ce Saint Patron est tellement vénéré que la date de sa fête devient, pour cette communauté, le jour de l'année le plus important; le jour du "festejo". Durant les 9 jours précédents le jour de la fête, la communauté fait une neuvaine de prière au Saint patron, chaque soir : un temps de prière et de célébration et un temps de convivialité (l'occasion de gagner un peu d'argent). Durant cette neuvaine, nous assurons la messe d'ouverture, celle de la fête et une soirée de réconciliation. le mois de juin a vu 5 neuvaines se superposer (jusqu'à 4 en même temps) : Divino Espirito Santo, Sao Joao Batista, NS do Perpeto Socorro, Sagrado Coraçao de Jesus, Sao Pedro. Ajoutez à ça la fête du "Corpus Christi" avec procession dans les rues avec le St Sacrement (et qui demande de décorer avant la route) ainsi que la visite pastorale de l'évêque durant une semaine qui s'est achevé par mon installation officielle comme curé de la cathédrale... et vous comprendrez pourquoi je ne vous ai pas écrit plus tôt !

Le 28 juin j'ai atterri à Paris pour un mois de vacances. Pas besoin de vous raconter cela ! Je suis revenu au Brésil depuis 3 jours. Il fait chaud! Mais l'accueil est super; les paroissiens sont rassurés de me voir revenir.
Je retrouve pour ma part les lieux, les rythmes, les ambiances, la langue portugaise (plus à l'aise)... Un copain prêtre français m'accompagne pour découvrir ce que je vis.

Abraço.

Posté par mission_bresil à 14:54 - Permalien [#]